Le destin géopolitique du Caucase du Sud a historiquement été étroitement lié aux processus en cours chez les grandes puissances voisines.
Aujourd'hui, les troubles internes en Iran ou l'éventualité d'une intervention militaire étrangère constituent l'un des facteurs les plus critiques influençant le fragile processus de paix entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie.
L'escalade des tensions militaires de l'Iran autour du détroit d'Ormuz menace la logistique mondiale et les routes énergétiques. Cette situation élève le Caucase du Sud au statut de « seul corridor fiable » pour la sécurité énergétique de l'Occident. L'incertitude à Ormuz accroît considérablement le poids stratégique du Corridor du Milieu et de son maillon essentiel, le corridor de Zanguezour, aux yeux des puissances internationales. Tandis que Bakou renforce sa position en tant que plaque tournante centrale, Erevan se voit contrainte de prendre des décisions plus flexibles à la table des négociations afin de ne pas perdre son importance de transit face aux menaces de blocus.
Parallèlement, à la veille des élections législatives en Arménie, le facteur russe se réactive. Moscou a activé des leviers d'influence directe et indirecte sur la politique intérieure arménienne pour stopper son inclinaison vers l'Occident. À travers des forces politiques proches, la Russie expose les « failles sécuritaires » du gouvernement actuel. De plus, la dépendance aux ressources énergétiques et au commerce est devenue un outil de manipulation électorale de la part de la Russie.

En diffusant le narratif de « la fin de l'Arménie sans la Russie » auprès de l'auditorium interne, Moscou présente le processus de paix avec l'Azerbaïdjan comme une étape contraire aux intérêts étatiques de l'Arménie.
Cependant, il convient de noter que le risque d'une guerre ouverte contre l'Iran perturbe également les plans de Moscou. Pour la Russie, l'Iran est à la fois un partenaire militaire et une partie cruciale du corridor « Nord-Sud ». Le chaos actuel à Téhéran affaiblit le contrôle de Moscou sur le Caucase du Sud, ce qui pousse la Russie à activer ses agents d'influence en Arménie de manière plus agressive à l'approche des élections.
La perspective d'une guerre ouverte des États-Unis et d'Israël contre l'Iran compromet la fiabilité du « corridor de l'Araxe » (via l'Iran), considéré comme l'artère principale de liaison de l'Azerbaïdjan avec le Nakhitchevan. Cette conjoncture place l'Arménie devant un choix : participer au projet de Zanguezour pour sortir de l'isolement régional et se libérer des conditions russes de « contrôle frontalier ».
La guerre en Iran constitue également un facteur de sécurité physique. Les tensions dans les zones frontalières, l'éventualité d'un flux de réfugiés et l'endommagement des infrastructures pourraient forcer Bakou et Erevan à délaisser l'agenda de la paix pour s'engager dans une « gestion de crise ».
En conclusion, la tension guerrière en Iran et les pressions préélectorales de la Russie en Arménie créent un labyrinthe complexe pour le processus Azerbaïdjan-Arménie. Si la tempête à Ormuz accroît la valeur du Caucase du Sud, l'intervention des voisins du Nord et du Sud risque de transformer la table de paix en otage de la politique intérieure. Dans de telles circonstances, un accord direct entre Bakou et Erevan, sans le diktat des puissances extérieures, demeure l'unique garantie réelle de stabilité régionale.
Nahid Djanbakhishli : Rédacteur en chef de l'Agence d'Information "Vataninfo.az" – Azerbaïdjan
